Les traducteurs
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La longue production de San-A est jalonnée par plusieurs noms qui se sont alternés dans les traductions du français à l'italien, et qui ont joué un rôle de premier plan, voire décisif, pour donner leur empreinte aux ouvrages parvenus jusqu'à nous, lecteurs. Il faut effectivement penser que, l'adaptation de certains jeux de mots et autres expressions d'argot étant impossible, la fantaisie du traducteur revêt le plus souvent une importance déterminante pour dépasser les mots de Dard et devenir co-auteur à part entière. J'en veux pour preuve qu'un lecteur aussi mordu que moi, qui ai lu plusieurs fois toutes les enquêtes, est indubitablement en mesure de reconnaître à travers les lignes un style particulier ou certaines expressions propres à tel traducteur plutôt qu'à tel autre. Voyons donc quels ont été ces acteurs fondamentaux, chargés d'interpréter
la pensée de Frédéric Dard:
Les 3 premiers San-A furent traduits par Jean
Barbet et Giuseppina
Pisani Futacchi, qui collaboreront par la suite à une seule traduction supplémentaire,
avant que Giuseppina Pisani Futacchi ne traduise seule 3 autres enquêtes. Le style est bon mais plutôt raide, excessivement tendu dans l'effort de raconter l'histoire, aucun moment d'ironie ni de jets de "tartes à la crème à la face du lecteur" comme nous en connaîtrons par la suite. Un bon travail, mais trop fidèle et attendu.
C'est avec le numéro 4 Siamo logici
perdiana ! (Faut être logique)
qu'apparaît le prédestiné,
dans l'absolu le meilleur traducteur des San-Antonio, le grand Bruno
Just Lazzari. Tous ceux qui aiment San-A ne peuvent pas ne pas aimer le style de ce
traducteur qui a tant contribué à la diffusion de San-A, en réussissant
à retransmettre cette langue unique, cette irremplaçable ironie, et
tous ces fous rires qu'il a su faire jaillir sans trop tomber dans la
vulgarité ni dans l'excès. En ce qui me concerne, c'est le style que
je préfère et qui a marqué de sa patte la plupart des San-Antonio
publiés ici, en quantité, bien sûr, mais, aussi et surtout, en qualité.
Son décès fut une perte douloureuse, et il est évident que San-A se
doit de rendre hommage à l'interprète qui, mieux que tout autre, a su
le mettre en valeur en Italie.
Dès le numéro 7, Il filo per
tagliare il burro (Le fil à
couper le beurre), fait irruption l'autre grand nom lié à
l'histoire de San-A dans la Péninsule, celui de Gianni
Rizzoni. Son style est plus énergique, direct, grotesque, et tout aussi agréable à
ceux qui, comme moi, adorent les grandes envolées de San-A, ses
vulgarités ordinaires, ses provocations ouvertement accrocheuses, mais
d'un profil légèrement inférieur à celui de Lazzari. Même si, en termes numériques, son apport aux traductions est plus
modeste, Gianni Rizzoni reste la charnière fondamentale de toute la
production San-antoniaise en Italie, et nous ne pouvons que lui tirer
notre chapeau si l'on considère qu'il fut le responsable de la série dès
ses débuts, avant de devenir, en 1979, directeur de toute la
collection. Reconnaissons-lui
en outre l'ultime effort pour essayer de relancer San-A en Italie, avec
les tentatives de la maison d'édition Rosa & Nero dont il
était le seul et unique artisan ; en un mot, ce fut le véritable père
de San-Antonio en Italie, celui qui a tenté le tout pour le tout afin
de diffuser et de faire connaître notre Commissaire bien-aimé, animé
par une extraordinaire passion. J'ai eu le plaisir de parler au téléphone directement avec M. Rizzoni, et je garde encore bon espoir que sa passion, qui m'a semblé un peu endormie après tant d'années, puisse renaître et reprendre vigueur pour de futures publications, auxquelles nul ne pourrait fournir un bagage d'expériences et de compétences aussi riche que le sien.
Rappelons également, intercalées entre les nombreuses traductions de ces deux monstres sacrés, la participation sporadique d'autres noms, tels que Guy Kaufmann, traducteur des n° 31 Lasciate perdere la ragazza (Laissez tomber la fille) et 56 Sciroppo per le vespe (Du sirop pour les guêpes), d'Ersilia Borri pour le n° 46 Sono fatto così (J'suis comme ça), et de Salvatore di Rosa, qui, outre le n° 127 "Principi & Bidoni (Baise-ball à la Baule), fut aussi le protagoniste (en collaboration avec Lazzari) de la traduction des grands volumes illustrés, dont l'un, La sessualità (La sexualité), fut réalisé en collaboration avec Gigi Rosa.
Pour résumer, voici la répartition numérique des diverses traductions de San-A, depuis les débuts jusqu'à ce jour :
N.B. : - ce décompte ne fait état ni des BD ni des réimpressions, mais uniquement des 118 enquêtes originales (106 éditions classiques + 5
volumes illustrés + 3 inédits Rosa & Nero + 4
inédits Le Lettere); - vu qu'il y a eu 9 cas de collaboration au niveau des traductions, le calcul total est de 127, c'est-à-dire supérieur aux 118 ouvrages effectivement traduits ; les pourcentages ci-dessus en tiennent compte. |